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Politique étrangère

Politique étrangère

Publié le 22 juillet 2009
Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et européennes
Paris, 21 juillet 2009

Mesdames et Messieurs,

Je vous annonce le départ d’Eric Chevallier, nous le regrettons tous.

Je vous annonce le départ de Frédéric Desagneaux, nous le regrettons tous.

Et cela me donne l’occasion de les féliciter de leur travail quotidien et de la manière dont ils ont expliqué, informé, répondu à vos questions depuis plus d’un an. Les voilà tous les deux en départ pour un poste, l’un à Damas, l’autre à Jérusalem ; ils ne se quitteront donc pas vraiment, du moins la région restera la même, même si le travail diplomatique n’est pas toujours facile dans cette zone. Une fois de plus, je les remercie. Il y aura des aménagements à la tête de la Direction de la Communication et du Porte-parolat et j’aurai le bonheur de faire une conférence de presse par semaine avec vous.

Je vous présente Thierry Mariani, député du Vaucluse, qui succède à Pierre Lellouche. Il se rend dès demain au Pakistan. Pierre Lellouche a accompli un excellent travail en Afghanistan et au Pakistan, même si je discute l’appellation Afpak, qui me semble peu appropriée. Dans le travail fait par Pierre Lellouche et que reprendra jusqu’en décembre Thierry Mariani, il y a eu des projets qui concernaient les deux côtés de la frontière et principalement l’Afghanistan. Le président de la République se rendra en Afghanistan, sa visite ayant été reportée pour des questions d’élections qui auront lieu en août ; j’ignore s’il y aura deux tours.

Des projets ont été soumis : projets agricoles, médicaux, de développement, pour accompagner ce que nous avions défini lors de la conférence de Paris sur l’Afghanistan comme l"’afghanisation". C’est-à-dire apporter des projets et les développer sous la direction des Afghans. Thierry Mariani est chargé de poursuivre cette entreprise qui n’est pas facile parce qu’il faut définir les projets et les mettre sur pied concrètement, dans un milieu moins en guerre qu’auparavant, dans les régions où la France est en charge et qui sont tout de même très difficiles. Nous avons trouvé de l’argent pour financer les projets dont je parle, en particulier les projets qui concernent les fruits, les grenades, le stockage, les évolutions en fonction du marché, etc. Comme vous le savez, les Américains se trouvent dans le Nord et les Français dans le Sud-Est.

Thierry Mariani part demain avec Anne-Marie Idrac, secrétaire d’Etat chargée du Commerce extérieur. Nous allons continuer à travailler pour que, de ces projets, nous passions à l’acte.

Je répondrai à toutes les questions que vous souhaiterez me poser. Mais je voudrais tout d’abord vous dire qu’hier soir, lors de sa séance du 20 juillet, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la loi - à laquelle la France est très attachée et a beaucoup travaillé - de ratification concernant la convention d’interdiction des armes à sous-munitions. Je le souligne parce qu’il y avait à Oslo près de 100 nations qui ont signé ce texte. La France y a beaucoup travaillé avec nos amis norvégiens, avec le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères, Jonas Stoere, un ami, proche des ONG et ancien directeur de cabinet de la directrice de l’OMS.

Nous avons surtout, et c’est cela que je veux devant vous mettre en lumière, travaillé avec l’ONG Handicap International du début jusqu’à la fin, ce qui est très rare. Cela me rappelle des temps très anciens où nous travaillions, certaines ONG françaises, pour changer la loi et c’est ce que nous avons fait avec Handicap International. Les visites ont été faites à deux, Handicap International et l’Etat français, partout et de la meilleure manière. Je veux vraiment remercier cette ONG. Et puis je veux indiquer que les pays du Nord et du Sud, n’ont pas tous signé. Ceux qui n’ont pas signé ne vont pas ratifier et certains parmi eux sont importants : Etats-Unis, Chine, etc. Plus de 120 pays ont aujourd’hui signé la convention. C’est un succès de la diplomatie française, avec d’autres, qui ne me semble pas mineur.

Il avait été admis qu’aujourd’hui mardi, à Téhéran, Clotilde Reiss recevrait la visite de notre excellent ambassadeur de France, M. Poletti. Pour le moment, cela n’est pas fait, il semblerait que la visite soit reportée peut-être à demain, du moins cette semaine mais notre ambassade a pu lui parler au téléphone. C’est toujours Clotilde qui appelle. La dernière conversation téléphonique, a été assez longue, précise et s’est déroulée dans un bon climat. Elle a dit que la détention lui pesait mais qu’elle était bien traitée, qu’on lui avait amené des livres et qu’elle tenait le coup. Je salue le courage de cette jeune universitaire française. Sa famille est régulièrement reçue au Centre de crise du ministère, aussi bien ses frères que son père.

Le dernier prisonnier, britannique, qui demeurait sous mandat judiciaire, a quitté sa prison il y a deux jours. C’est une excellente nouvelle. Je remercie nos amis britanniques, le Premier ministre Gordon Brown et le ministre des Affaires étrangères David Miliband, car ils ont souligné au moment de la libération de ce Britannique combien ils attachaient du prix à la libération de notre ressortissante, de cette jeune femme enseignante à l’université d’Ispahan.

Il y aura une démarche de la présidence suédoise de l’Union européenne. Il y a eu des démarches coordonnées, mais je souligne que ces démarches coordonnées concernaient des diplomates. Or Clotilde Reiss n’est pas diplomate. Je souhaiterais qu’il n’y ait pas ces différences de traitement. Il est vrai que les diplomates sont parties de la Convention de Vienne qui autorise plus facilement les protestations communes pour l’Union européenne et ses vingt-sept pays membres.

Q - Avez-vous des informations complémentaires concernant le sort des deux agents français qui ont été enlevés en Somalie ?

R - Non. Tout d’abord, il y a des informations très contradictoires, et je vous prie d’y prendre garde. En effet, on fait souffler le chaud et le froid ce qui est une habitude dans le cadre des enlèvements et des pressions exercées par les preneurs d’otages.

Nous savons qu’ils sont séparés, il semblerait - et je dis tout cela au conditionnel car nous recevons nous-mêmes des informations contradictoires -, qu’ils soient détenus par deux groupes différents.

Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, avec tous les services français, pour accélérer leur libération. Je ne peux pas vous donner plus de détails.

Depuis hier, il n’y a rien de nouveau ; c’est assez rassurant. Les pourparlers se font par l’intermédiaire de notre ambassade à Nairobi et de notre ambassadrice, Elisabeth Barbier qui connaît très bien ces affaires. Il y a également la communication à travers Djibouti, communication souvent directe avec le gouvernement somalien. J’ai été un des rares à rendre visite au Cheikh Sharif c’est-à-dire celui qui, à la suite d’un long processus diplomatique et d’acharnement de la part des Djiboutiens qui a abouti à un accord, est devenu chef du gouvernement.

Au début, cet accord a été salué par tous et puis des groupes se sont déclarés hostiles et la guerre a repris, en particulier à Mogadiscio.

Je voudrais souligner la responsabilité de la France dans le soutien au gouvernement de M. Cheikh Sharif. Nous avons reçu à Paris le ministre somalien de la Défense, M. Gandi. Nous avons rencontré le ministre des Affaires étrangères et de nombreux autres ministres qui ont souvent étudié en France et ont été professeurs dans des universités françaises.

Nous avons décidé que la France, qui l’avait fait pour une part en faveur des soldats de l’AMISOM, devait former et proposerait de former à Djibouti les soldats de l’armée somalienne. Ceci a commencé, je crois, par 150, puis il y en aura peut-être 350 autres, qui ont été accueillis et dont la formation commence. Nous avons demandé à nos amis de l’Union européenne d’en faire autant, un certain nombre de pays s’est déclaré volontaire et cela nous a semblé la meilleure façon d’assurer enfin la sécurité à Mogadiscio. C’est une détermination et un courage qu’il faut saluer, nous avons été les premiers à le faire et nous continuons de le faire.

Q - Où en est-on des essais de discussions ou de tractations avec le Hamas sur la libération de Gilad Shalit, notamment par le biais de l’Egypte dont le président est à Paris aujourd’hui ?

R - Je déjeunerai avec le président Moubarak dans une heure. Je ne peux donc pas vous dire ce qu’il ne m’a pas encore dit. Je doute que ce soit positif. Je crois, - j’espère me tromper - qu’il n’y aura pas d’avancée, ni dans un sens ni dans l’autre. J’espère que le président Moubarak nous apportera de bonnes surprises mais je crains que les pourparlers entre le Hamas et l’Autorité palestinienne n’aient pas avancé suffisamment. Il y a maintenant un nouveau gouvernement sous la direction de Salam Fayyad. Néanmoins, ceci n’est pas une indication suffisante pour dire que les pourparlers n’auront pas lieu. Ils peuvent très bien se nouer autour de Salam Fayyad mais je ne pense pas que ce soit le cas pour le moment.

Quant à Gilad Shalit, il n’y a rien de nouveau à vous apprendre, sinon que, et pas seulement par l’intermédiaire des Egyptiens, nous essayons d’obtenir cette libération. S’il y avait eu quelque chose de nouveau ces derniers jours, vous l’auriez su. Les choses sont encore une fois bloquées.

Q - Le Premier ministre somalien a déclaré dimanche qu’il était prêt à autoriser éventuellement la France à envoyer des commandos en Somalie pour libérer les deux agents. La France serait-elle prête à envoyer deux commandos en Somalie et, par ailleurs, pourriez-vous nous dire combien de pirates somaliens sont détenus en France et où sont-ils ? Leur sort pourrait-il peser dans le règlement de cette affaire des deux agents français ?

R - Qu’un ministre somalien accepte l’intervention d’un commando français est une chose qu’il faut certainement prendre en compte, néanmoins il n’y a pas eu de demande de la part des Français. Nous voulons régler, certes par tous les moyens -je l’ai dit- mais des moyens pacifiques, la libération de ces deux employés dont je vous ai affirmé qu’il s’agissait d’une mission officielle. La priorité est à la négociation. Rien n’est écarté bien entendu.

S’agissant du nombre de pirates somaliens détenus en France, ils sont douze.

De manière globale, rien n’est à écarter. Je ne pense pas que ces groupes, ceux qui détiennent les deux ressortissants français, soient réellement concernés par la piraterie et par le déploiement international contre la piraterie. Je n’écarte rien, au contraire.

Q - Monsieur le Ministre, vous avez visité le Liban et la Syrie la semaine dernière. Avec quelles impressions revenez-vous et pensez-vous que la formation du gouvernement au Liban est probable prochainement ?

R - Mes impressions sont bonnes, tout d’abord en ce qui concerne l’ambiance générale. Pour quelqu’un qui connaît un peu le Liban, l’atmosphère n’est pas mauvaise et j’ai le sentiment - mais encore une fois, c’est une analyse qui peut être hélas démentie - que le gouvernement se formera, qu’il s’agira d’un gouvernement d’union nationale. J’ai également le sentiment que personne ne réclame, comme préalable, la minorité de blocage.

Je suis allé confirmer ces dires à Damas, je les ai confirmés auprès du président Bachar el Assad.

Cela veut-il dire que le gouvernement sera formé dans les jours qui viennent ? Non. Si un gouvernement est formé à une date - imprécise pour le moment, dans quelques jours, dans quelques semaines ou peut-être dans quelques mois - ce sera le premier gouvernement de ce genre formé au Liban, ce qui constituera un grand progrès.

Même si le président Bachar el Assad a été très positif, et je l’ai dit à Saad Hariri, il y a aussi des troubles au Sud-Liban. Les protagonistes n’ont pas disparu mais tous les groupes libanais, tous les groupes politiques y compris le Hezbollah, étaient d’accord pour que ces élections aient lieu. Elles ont eu lieu et ils ont été d’accord pour ne pas les contester. C’est un élément positif.

La manière dont le Hezbollah s’est réuni très vite et a agressé à coups de pierres un certain nombre de soldats de la FINUL est absolument condamnable et ne doit pas être répété. Néanmoins, je crois qu’il ne faut pas mettre ces éléments en parallèle.

Je crois que l’évolution est positive en Syrie - et je ne dis pas cela seulement parce que celui qui sera responsable de notre diplomatie en Syrie, Eric Chevallier, est à mes côtés -. Je ne dis pas cela parce que j’en suis certain, je dis cela parce que l’évolution générale est bonne et la Syrie y participe. Je ne dis pas que l’évolution du processus de paix soit bonne, non ce n’est pas le cas. Je dis que l’évolution générale des pays de la région est positive - et c’est pour cela que je suis heureux d’avoir salué les efforts de Frédéric Desagneaux et d’Eric Chevallier. Il me semble que la façon dont le fils du roi saoudien a été reçu à Damas, il me semble que la manière dont le Liban respire un peu mieux, la manière dont le président Obama a dit sur une chaîne de télévision qu’il était d’accord pour aller à Damas, ajouté aux situations difficiles que nous connaissons en Iran, à l’évolution des responsables du clergé chiite, tout cela fait bouger les lignes et les lignes bougent plutôt dans le bon sens en ce qui concerne les pays, non pas l’Iran, mais tous les pays que j’ai cités et d’autres.

Lorsque j’ai entendu le président Bachar el Assad me demander que la France aide l’Irak plus qu’elle ne le fait, je lui ai dit ma surprise, car nous sommes parmi ceux qui sont les plus mobilisés en faveur de l’Irak.

Il l’a répété et c’est ce qu’il demande. Depuis deux mois, les rapports sont plutôt positifs entre l’Irak et la Syrie.

Je constate cette évolution, je ne dis pas une seconde qu’elle est définitive, mais cela évolue dans le bon sens. La France a joué son rôle, comme un peu partout et là, je crois vraiment que nous avons été, concernant l’ouverture vers la Syrie, compris par nos amis américains, par un nombre de pays qui s’engagent à présent dans cette voie, avec des retards, avec différentes modalités.

Q - Concernant la visite du président Moubarak, cela fait un an que l’Union pour la Méditerranée a été fondée à Paris. A l’époque, on parlait beaucoup des projets concrets qu’il fallait mettre en oeuvre. Est-ce que vous êtes déçus aujourd’hui ?

R - L’Union pour la Méditerranée a été retardée, ralentie. Qui pouvait penser qu’il en soit autrement avec la guerre de Gaza et avec les affrontements dont le règlement n’est pas encore en vue ? Gaza est toujours un endroit où nous ne pouvons pas reconstruire. Vous savez qu’il y avait un projet français pour reconstruire l’hôpital Al-Quds - et nous avions l’argent -. Nous ne pouvons pas y accéder et avoir suffisamment de liberté. C’est impossible. On peut visiter à nouveau Gaza, mais c’est tout.

Les projets techniques de l’Union pour la Méditerranée ont avancé. Le projet solaire a même été pour une part financé. Mais il n’y a pas d’accord politique et il n’y en aura pas maintenant. N’empêche qu’il y a 15 jours à Paris, la réunion sur le développement durable et l’environnement a réuni des ministres et des ambassadeurs dont les Israéliens et les pays arabes. C’est un signe positif que les autres réunions ministérielles soient programmées. Il y en aura quatre jusqu’à la fin de l’année.

Vous me direz qu’il faudra bientôt une réunion des ministres des Affaires étrangères ; oui, je sais. En attendant, nous avançons.

Q - Est-ce que la France penserait au changement d’un mandat de la FINUL, après ce qui s’est passé dernièrement ?

R - Le mandat a été très bien calculé, il est extrêmement solide et, avec la FINUL et son équipement, on peut faire face. Nous sommes favorables à un renouvellement du mandat de la FINUL. C’est prévu pour le mois d’août. Pour le reste, aucun changement de mandat n’est envisagé. Ce n’est pas la peine. Ce n’est pas l’incident que nous avons signalé qui nous pousserait à changer le mandat.

Q - Au regard de la position française concernant la situation en Iran, la France considère-t-elle toujours l’élection de M. Ahmadinejad comme illégitime ? Est-ce que vous avez des indices matériels sur une probable fraude ?

R - Je vous rappelle que nous n’avons pas compté les bulletins. Ce que nous avons douloureusement suivi, ce sont les réactions populaires et la répression contre ces réactions. N’importe qui, militant des droits de l’Homme ou pas, peut les constater.

La France, c’est traditionnel et depuis très longtemps, a une politique très claire. Elle ne reconnaît pas les gouvernements, elle reconnaît les Etats. Personne ne nous demande de reconnaître ou non le gouvernement futur de M. Ahmadinejad.

Je l’ai dit tout à l’heure et je crois que c’est un des éléments sur lequel nous réfléchissons le plus, il y a maintenant toute une réflexion sur les religions qui n’existait pas auparavant. Le ministère change, la réflexion change parce que le monde va à toute allure. Il y avait un responsable des religions, bien sûr. Maintenant, il y a dans la Direction de la prospective un groupe, sous la direction de Joseph Maïla, avec au moins six personnes pour le moment - il y en aura d’autres - qui réfléchissent sur les religions. Nous réfléchissons beaucoup sur la religion chiite. Il était temps et ceux d’entre vous qui sont dans la salle et avec lesquels j’ai eu l’occasion de me déplacer dans ces endroits savent combien le chiisme par rapport au sunnisme et le sunnisme par rapport au chiisme, cela compte.

Donc, considérer comme important non pas seulement ces manifestations réprimées, le nombre des morts, les prisonniers - c’est notre travail, nous devons le faire et essayer d’aider les gens - mais considérer qu’au sommet, pour le Guide, qui je vous le rappelle est placé là en attendant l’imam caché dans la religion chiite, prendre position n’est pas normal. C’est une première et cela explique pourquoi un certain nombre d’ayatollahs importants s’expriment différemment. Et ceux-là évoquent le droit pour les foules de réclamer la correction des fraudes, s’il y en a eu. Voilà ce que nous constatons et la dernière des interventions a été celle de M. Rafsanjani qui n’est pas n’importe qui dans la hiérarchie chiite. Nous suivons cela avec beaucoup d’attention. Cela explique aussi qu’un certain nombre de manifestants, qui ne sont ni des laïcs ni des personnes athées, constatent que l’évolution n’est pas celle qu’ils attendaient au sommet de l’Etat.

Nous suivons cela également avec nos amis européens, avec la présidence européenne, également avec les Américains. Ne me demandez pas de faire des calculs sur les chances de réussite d’un mouvement comme celui-là qui, à mon avis, est un mouvement de grande ampleur qui se poursuivra.

Q - Est-ce que vous envisagez de visiter l’Iran ?

R - A moins d’une proposition précise, mais qui tiendrait à d’autres facteurs, non. Mais nous avons toujours maintenu non seulement le contact, mais les négociations avec l’Iran. J’ai vu M. Mottaki plusieurs fois. Je ne les ai pas comptées tellement ces rencontres sont nombreuses. J’ai vu M. Larijani, M. Velayati ? J’ai vu un certain nombre de personnes et nous continuons.

Lorsque les Américains ont décidé, avec le soutien immédiat de la France, d’établir des contacts directs, ils nous ont demandé comment cela se passait. Je peux vous le résumer : cela ne se passe pas. On parle aimablement et nous n’avançons pas. A un moment donné, un des pires moments pour le Liban, nous avons cru pouvoir développer une attitude commune et cela n’a même pas été fait. Il faut continuer. Personne ne songe à rompre les relations avec les représentants iraniens, mais nous l’avons fait en pure perte.

Il appartiendra aux Américains de décider s’ils poursuivent ou non leurs approches. J’ai cru comprendre qu’il y avait des différences de ton entre la position américaine antérieure aux élections iraniennes et la position américaine actuelle, ce qui est logique.

Q - Quelle est votre position concernant le différend qui oppose aujourd’hui l’administration américaine et Israël sur le gel des colonisations ?

R - Concernant les Américains et la colonisation, la position de la France, avant celle des Américains, est très claire. Il faut obtenir absolument l’arrêt de la colonisation, sinon il n’y aura pas de chances d’obtenir ce qui est essentiel, l’existence d’un Etat palestinien, démocratique, qui se gouvernera seul à côté de l’Etat d’Israël, à l’existence duquel nous tenons - nous l’avons manifesté -, garantissant ainsi l’existence et la sécurité de l’Etat d’Israël.

Il y a d’autres questions, sur Jérusalem, sur les réfugiés. Tout cela a été abordé dans le processus d’Annapolis. Maintenant, il y a très clairement une évolution de l’attitude américaine, une opposition entre les attitudes américaine et israélienne, les Américains ont exigé l’arrêt de la colonisation à Jérusalem Est sur un quartier très précis et une suite de maisons très précise. Il y a même eu la convocation de l’ambassadeur israélien à Washington. J’ajoute que l’ambassadeur israélien a également été convoqué au Quai d’Orsay et sera reçu cet après-midi ou demain.

La position du Premier ministre Netanyahou a été répétée et elle n’est pas en faveur du gel de cette colonie précise. Il y a une différence d’appréciation et une différence politique nette que nous connaissons et avec laquelle nous avons également à faire et dont nous avons parlé avec le Premier ministre Netanyahou lors de sa visite ici à Paris.

L’ambassadeur israélien est prévenu et viendra nous parler de la colonisation et de la liberté de circulation. J’ajoute quand même que nous avons reçu M. Ehud Barak, il n’y a pas longtemps, et il nous a dit que les démantèlements des "outposts", c’est-à-dire les postes illégaux de la colonisation, seront accomplis. Ils lèveront ces occupations et je crois qu’aujourd’hui ou hier, une explication de la sorte sur le terrain a déjà eu lieu. Mais cela n’a rien à voir, ce ne sont pas les mêmes colonies. Ces colonies sont illégales au sens de la loi israélienne. Celles-là, je crois, seront levées. Pour le reste, nous sommes très en contact avec nos amis israéliens et nos amis palestiniens, et ce n’est pas une clause de style, ce n’est pas une manière de parler diplomatique, ce sont nos amis des deux côtés. Est-ce que c’est possible ? Cela doit l’être.

Q - Concernant le processus de succession du président Bongo. Vous avez déclaré à Dakar que la France n’avait pas de candidat. Par la suite, Robert Bourgi, qui s’est prévalu de sa proximité avec le président, a dit qu’Ali Bongo était le candidat de la France. Est-ce que vous pouvez lever cette ambiguïté ?

R - Je le répète, la France n’a pas de candidat. A l’intérieur du parti, si j’ai bien compris, il y a eu plusieurs candidats. Le parti a désigné M. Ali Bongo. Nous sommes heureux que les élections aient lieu dans un délai très raisonnable, en septembre. Les Gabonais avaient donc 45 jours, ils n’ont pas beaucoup dépassé. Nous serons très heureux si les élections se déroulent normalement, avec un nombre de candidats qui me paraît important pour le moment, mais je n’ai rien à dire. Nous n’avons pas de candidat. Que les élections soient libres et que les candidats soient indépendants est notre souhait.

Q - Pensez-vous que le processus peut toujours déraper ?

R - J’espère que non. Comment voulez-vous me garantir qu’il y aura ou non un dérapage ? J’espère évidemment qu’il n’y aura pas de dérapage. Pour le moment, il n’y en a pas eu et nous en sommes très satisfaits. Mais c’est surtout les Gabonais qui sont très satisfaits, c’est eux qui doivent être satisfaits, pas nous. Nous n’avons pas de candidat, ce pays est indépendant, qu’il le manifeste. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas d’intérêts, dans tous les sens du terme.

Q - A la suite de votre visite à Damas, quelles sont les chances de reprise des négociations israélo-syriennes ?

R - Dans un futur proche, je ne les vois pas très grandes. Je sais qu’en Israël tout le monde n’est pas d’accord, dans un gouvernement qui rassemble plusieurs courants. Je pense que certains voudraient reprendre ces négociations plus vite que d’autres. Du côté syrien, je n’ai pas ressenti beaucoup d’empressement. Je sais que ces négociations auront lieu un jour, comme tout le monde sait que les négociations au Moyen-Orient déboucheront sur la paix. Seulement, quand et après combien de victimes ? Personne ne le sait. Je n’ai pas ressenti cette exigence de négociation israélo-syrienne comme une urgence. Cependant, il y a toujours des personnes qui en parlent : les Français, les Turcs voire certains Israéliens. Nous sommes habitués à l’impatience de notre côté et à la longueur du temps au Moyen Orient de l’autre.

Q - Est-ce que, pour la France, M. Ahmadinejad est le président réélu ? Quel votre avis sur la proposition de M. Khatami d’organiser un référendum ?

R - Je n’ai pas d’opinion à avoir sur les propositions qui concernent les Iraniens. Les élections concernent les Iraniens, les résultats concernent les Iraniens, la protestation concerne les Iraniens. Cependant, la répression regarde tout le monde. Nous ne reconnaissons que les Etats, je n’ai pas à reconnaître ou non M. Ahmadinejad, avec lequel la France a toujours soutenu qu’elle n’avait pas de rapport. Cela ne va donc pas changer grand-chose. Nous continuons à parler avec les représentants des membres du gouvernement et du président de l’Assemblée.

Il y a très peu de pays que nous ne reconnaissons pas. Il y a des pays avec lesquels nous n’avons pas de relations diplomatiques.

Q - Les deux personnes françaises en mission pourraient être jugées par des tribunaux selon la loi de la Charia. Est-ce que vous avez des informations allant dans ce sens ? Avez-vous reçu des photos, des images ou des vidéos de ces personnes ?

R - Hélas, je n’ai pas de précision. Je l’ai appris comme vous. Cette précision sur le recours à la loi de la Charia ne vient pas de nos services et j’espère à ne pas avoir à me prononcer là-dessus.

Q - Est-ce que les chances de résolution du contentieux nucléaire reposent maintenant sur l’espoir d’un changement du régime à Téhéran, d’une transformation politique de ce pays en sachant que toutes vos démarches ont échoué et que le renforcement des sanctions est en panne, apparaît très difficile ?

R - Il est très difficile de vous répondre. D’abord, les sanctions ne sont pas en panne. Il y a eu trois résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies établissant des sanctions qui ont porté leurs fruits. Puisqu’il n’y a pas de négociation possible et puisque les Iraniens ne répondent pas, sauf par l’éviction du responsable de l’Agence iranienne de l’énergie atomique - dont le seul tort est d’avoir présenté les demandes de l’AIEA - remplacé par quelqu’un de plus docile, nous continuons de travailler. Nous allons renforcer l’étude de nouvelles sanctions qui, je l’espère, seront comprises par la population iranienne comme des sanctions qui ne la visent pas. Nous visons les circuits bancaires, les voyages, les investissements. Nous avons respecté le gel des investissements.

Est-ce que la négociation nucléaire pourrait reprendre ou est-elle liée au nouveau gouvernement à venir ? Je ne suis pas sûr. Je pense qu’il serait plus facile de parler avec un gouvernement qui reflèterait plus que l’actuel gouvernement les aspirations populaires. Est-ce que le nationalisme iranien, dans ce grand pays qui a été à la charnière de deux régions importantes, Asie et Moyen-Orient, n’existerait plus ? Je ne le crois pas. Je pense qu’il y a aussi le sentiment de deux poids, deux mesures qui joue en Iran comme ailleurs. Je pense qu’il y a toute une considération envers un homme qui, par ailleurs, peut être critiqué mais qui représente pour les chiites, pour le monde arabe, quelqu’un qui a résisté à des pressions qui selon eux pouvaient être déséquilibrées. Mais je ne suis pas sûr que le problème serait réglé pour autant avec un nouveau gouvernement. Et puis il y a aussi des problèmes avec un pays qui aide en particulier beaucoup de mouvements dont nous désapprouvons la ligne politique ou les activités, comme les attentats. L’accès à la discussion pourrait être facilité, une nouvelle expression entraînerait de nouveaux efforts pour que le dialogue soit fructueux.

Q - Pouvez-vous nous expliquer les projets de la France en matière de renforcement de son dispositif militaire en Afghanistan ?

R - Il n’y a aucune information nouvelle, sauf des ajustements qui tiendraient au terrain. Je crois qu’il y aura un renforcement des hélicoptères et de leurs équipages. Le renforcement de nos troupes a eu lieu et il y aura peut-être des ajustements. Cela concerne quelques unités, pas des unités militaires, des unités humaines.

Si nous parvenons à dialoguer avec les paysans, nous ferons peut-être appel à un certain nombre d’experts pour que les projets français soient mis en oeuvre au plus vite, mais sinon il n’y aura pas de renforcement.

Pour les élections qui viennent, à ceux des pays qui demandaient aux Américains s’il était nécessaire de renforcer leurs équipes, ces derniers ont répondu "non". Je vous signale que les opérations américaines, pour une part, se voient couronnées de succès dans leur accès aux populations civiles qui se disent "enfin, nous allons pouvoir respirer et avoir des écoles". Je crois que l’objectif de la Conférence de Paris d’être plus proche des populations et de ne pas espérer seulement une solution militaire se trouve justifié. Cela ne veut pas dire que c’est simple et que les opérations militaires seront toutes couronnées de succès.

Je rappelle le rôle joué par le ministère des Affaires étrangères et européennes. Nous avons regroupé les voisins de l’Afghanistan pour la première fois à la Celle Saint-Cloud. Ce n’était pas facile parce que c’était après les attentats de Bombay et que les relations entre l’Inde et le Pakistan n’étaient au mieux. Mais ils sont venus.

Q - Est-ce que la France soutient toujours aussi chaleureusement José Manuel Barroso pour la présidence de la Commission et quel est le calendrier souhaitable de la présidence ? Le jour où il y aura un président de l’Europe, est-ce que la France soutiendra Tony Blair dont vous n’avez pas mentionné l’activité à la tête du Quartet que vous n’avez pas évoqué non plus ?

R - L’activité a été majeure, les résultats mineurs. Mais cela ne tient pas à Tony Blair. Cela tient au Quartet qui réunit un nombre de personnes considérable et cela tient surtout à l’arrêt du processus de paix. N’accusez pas Tony Blair qui avait de merveilleuses idées, qui s’est dévoué et qui a passé la moitié de son temps à Jérusalem pour travailler. Mais, objectivement, tout cela a buté sur la guerre et sur Gaza.

Vous savez dans quelle amitié la France tient Tony Blair, mais parler de lui est un peu prématuré.

Pour le reste, il me semble qu’il n’y a pas d’autre candidat que M. Barroso, qui a été, à l’unanimité, pressenti par les vingt-sept Etats membres au dernier Conseil européen. Depuis, les contacts ont été pris avec les groupes constitués et avec le président du Parlement européen, M. Buzek, dont je salue l’élection. J’étais hier à Varsovie. C’est formidable de voir le chemin parcouru par ce pays. Le fait que M. Buzek, qui faisait partie de Solidarnosc, soit maintenant président du Parlement européen est formidable.

En tous cas, M. Tony Blair est un des candidats évoqués pour la présidence du Conseil européen et nous verrons bien. Pour le processus et les dates, il semblerait que la réunion décisive soit en septembre. Or, il n’y a qu’un seul candidat. Il peut être refusé par le parlement mais le candidat vient du Conseil et il n’y a qu’un seul candidat. Est-ce que la proximité du référendum en Irlande sur le Traité de Lisbonne, le 2 octobre, va faire évoluer le calendrier dans le sens d’un report ? C’est possible. Je salue la candidature de Tony Blair.

Ne me faites pas dire qu’il a été inutile. C’est l’ensemble du Quartet, nous y compris en tant que Présidence française du Conseil de l’Union européenne et membre du Quartet, qui n’avons pas su aller au bout d’un processus de paix dans lequel nous mettions beaucoup d’espoir./.

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