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Famine dans la Corne de l'Afrique

Famine dans la Corne de l’Afrique

Publié le 22 juillet 2011
Tribune du Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche , de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire, Bruno Le Maire dans le quotidien "Le Monde"
Paris, 21 juillet 2011
La faim : un scandale de notre temps

Une famine dramatique frappe la Corne de l’Afrique. Elle provoque des milliers de morts. Elle pousse des familles à l’exode. Elle laisse des millions de femmes et d’enfants dans le dénuement le plus total. Depuis des années, nous connaissons ces crises à répétition.

Pourtant nous devons refuser l’indifférence et combattre la résignation. Car la faim ne rime pas avec des époques révolues et ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Elle est le quotidien de millions de personnes à travers la planète. Elle est la première source de la misère et une des causes majeures d’instabilité politique.

La faim est un scandale de notre temps. Elle exige une action immédiate et résolue de la communauté internationale. Elle appelle la mise en place d’une stratégie de développement agricole dans les pays les plus pauvres de la planète, suivant les orientations fixées dans le plan d’action du G20.

Dans l’immédiat, nous voulons apporter notre aide aux ONG et au Programme alimentaire mondial (PAM), qui font sur le terrain un travail exceptionnel. Sans ces hommes et ces femmes engagés, nous n’aurions pas mesuré l’ampleur du drame. Nous leur devons notre reconnaissance.

Avec Alain Juppé et Henri de Raincourt, au titre de la Présidence française du G20, nous avons appelé à une réunion d’urgence de l’Organisation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture (FAO). Son directeur général, Jacques Diouf, a entendu notre appel. À cette occasion, nous voulons mobiliser toutes les contributions.

Lundi 25 juillet, je me rendrai donc à Rome pour rassembler, avec mes homologues, les soutiens nécessaires. Samedi 23 et dimanche 24 juillet, je me serai rendu au Kenya avec la directrice exécutive du PAM, Josette Sheeran, et la commissaire européenne à la Coopération et à l’Aide humanitaire, Kristalina Georgieva, pour évaluer les besoins à court et moyen termes des populations touchées.

Mais, au-delà de cette situation de crise, nous faisons face à un enjeu global : nourrir la planète. Nous savons que les épisodes de sécheresse sont appelés à se multiplier à l’avenir. Nous savons que le changement climatique a déjà un impact dramatique sur les capacités de production agricole mondiale.

Toutes les évaluations convergent : il faudra augmenter la production agricole de 70 % d’ici à 2050 pour répondre à l’augmentation des besoins alimentaires mondiaux. En même temps, nous devons faire attention à l’épuisement des sols.

Nous devons combattre la prédation des terres agricoles. Nous ne devons pas retomber dans les errements de la surconsommation des produits phytosanitaires et des engrais. Produire plus et produire mieux, voilà le défi majeur que la communauté internationale doit relever. Avec un objectif : la sécurité alimentaire pour tous.

Le président de la République a voulu que l’agriculture soit au cœur des priorités du G20 : il a vu juste. Le plan d’action que les ministres de l’Agriculture du G20 ont adopté à Paris, le 23 juin, comprend des mesures concrètes pour accroître la production agricole mondiale, garantir l’indépendance alimentaire des pays les plus pauvres, renforcer la coopération internationale face aux crises et lutter contre la spéculation sur les matières premières. Pour la première fois, il rompt avec la logique suivant laquelle les pays du Nord produisaient toujours plus pour les pays du Sud, sans considération du besoin d’indépendance de ces derniers.

La famine dans la Corne de l’Afrique nous appelle à mettre en oeuvre d’urgence les mesures de ce plan. Elle demande aussi que nous renforcions encore les dispositifs proposés et que nous testions leur efficacité. La constitution de stocks d’urgence prépositionnés est une des réponses proposées par le plan d’action du G20 : lançons rapidement ce projet nécessaire.

Aujourd’hui, nous nous mobilisons pour la sécurité alimentaire en Afrique. Mais, demain, d’autres continents pourraient être touchés par la faim. Nous en appelons à la responsabilité. Le temps est à l’action. Un peu plus de solidarité contre la faim, un peu moins d’aveuglement. Un peu plus de coopération, un peu moins d’égoïsme. C’est la voie que la France propose./.

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