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France/Afghanistan

France/Afghanistan

Publié le 8 septembre 2011
Article de Bernard Valéro, Porte-parole du Ministère des affaires étrangères et européennes, publié sur "lemonde.fr"
Paris, le 7 septembre 2011
La France joue pleinement son rôle en Afghanistan

De nombreux Français s’interrogent sur l’issue du conflit en Afghanistan, qui oppose le peuple afghan, soutenu par la communauté internationale, aux Talibans. Les Français s’interrogent aussi sur le sens de notre présence militaire dans ce pays, et sur les autres actions que nous y menons. Je crois utile de rappeler quelques faits, essentiels pour comprendre la partie qui se joue dans ce pays et dans laquelle la France a tout son rôle.

La coalition internationale est intervenue en Afghanistan en appui des Etats-Unis, frappés par les attentats du 11 septembre 2001. L’alliance forgée entre Al-Qaïda et le régime taliban avait transformé l’Afghanistan en base arrière du terrorisme international. Depuis, des milliers de vies ont été sauvées, partout dans le monde, grâce à cette intervention. La présence, réelle mais résiduelle, d’éléments liés à Al-Qaïda en Afghanistan et dans les zones tribales pakistanaises rappelle que le danger, s’il n’a plus rien à voir avec celui d’il y a dix ans, existe encore. La lutte contre le terrorisme international passe, aujourd’hui encore, par l’Afghanistan, et tel sera le cas encore pendant de longues années. L’Etat afghan a besoin de temps pour prendre la succession de la communauté internationale dans cette lutte. Le transfert aux forces afghanes, des tâches menées jusque là par la coalition internationale , a commencé cette année. Ce transfert devrait se conclure, et cette période de transition devrait s’achever, en 2014. Entre-temps nous coopérerons avec l’Afghanistan, et nous devrons le faire encore durant de longues années, pour renforcer son Etat, son économie et lui permettre d’assurer la sécurité sur son territoire et dans la région, afin que les terroristes qui menacent le monde entier n’y trouvent plus l’hospitalité qu’ils ont pu y trouver à d’autres moments.

Nos soldats vont partir d’Afghanistan d’ici trois ans au plus tard. Mais notre soutien aux institutions, au peuple afghan, doit continuer, sous peine de voir ce pays retomber dans un état de semi-anarchie. Chacun devrait se remémorer ce qu’était l’Afghanistan sous la férule des Talibans et de leur mentor Ben Laden : un pays où les femmes étaient cloîtrées, ne pouvaient même pas aller à l’école, où les droits élémentaires étaient quotidiennement bafoués au nom de coutumes médiévales érigées en dogmes religieux. Les Afghans s’en souviennent, et leur participation aux scrutins électoraux, malgré les menaces, l’ont encore rappelé ces dernières années : la population afghane ne veut pas du retour des Talibans au pouvoir. C’est le souvenir de ce cauchemar qui fait accepter aujourd’hui à ce peuple fier et nationaliste la présence, depuis près de dix ans, de soldats étrangers sur son sol.

Sans doute la coalition internationale en Afghanistan aurait pu faire mieux depuis dix ans. Il est évident que la guerre en Irak a accaparé l’attention de l’administration Bush, et que, d’une certaine manière, tout le monde en paie aujourd’hui les conséquences. La stratégie mise en place par la coalition toute entière vise aujourd’hui à casser la dynamique de reprise de contrôle du pays utile par les Talibans. Elle produit des effets positifs sur le terrain, même si la situation reste difficile ; comment pourrait-il en être autrement dans un pays qui depuis près de quarante ans vit dans un état de guerre civile permanent, qui a subi dix ans d’occupation soviétique, et dont la majorité de la population n’a jamais connu la paix ?

Au-delà des combats, et de l’effort de construction d’un Etat moderne par les Afghans, chacun convient que seule une solution négociée permettra de retrouver la paix. Cela implique que les Afghans soient en mesure d’élaborer eux-même une politique de réconciliation, qui inclue tous les protagonistes, pour autant que ceux-ci rompent avec Al-Qaïda, et acceptent le cadre institutionnel du pays. Cette réconciliation devra être inclusive, et faire une place équitable aux differentes ethnies qui composent l’Afghanistan. Elle devra être l’oeuvre des Afghans eux-mêmes. On verrait mal sur quelle base la coalition pourrait traiter directement avec les Talibans, en ignorant toutes les forces vives de ce pays, dont la préservation est précisément la raison d’être de notre présence. Les rumeurs de contacts exploratoires entre Américains et représentants talibans ne doivent pas occulter l’essentiel : la solution politique du conflit afghan ne pourra être l’oeuvre que des Afghans eux-mêmes.

La lutte contre le terrorisme nous a amenés en Afghanistan avec nos partenaires américains. C’est au nom de cette lutte, et en pleine indépendance, que nous avons pris notre part à la reconstruction de ce pays dévasté. Grâce à nos liens historiques avec la résistance afghane à l’invasion soviétique, grâce à notre longue présence culturelle dans le pays, notre présence et notre aide sont saluées à leur juste valeur par les Afghans. Ils ne nous demandent pas de négocier à leur place avec les Talibans, ils peuvent le faire seuls. Ils souhaitent simplement que nous soyions à leurs côtés, par notre coopération, par nos ONG, quand l’heure de négocier viendra pour eux. Et s’ils nous demandent de les aider dans cette tâche, nous le ferons, en toute transparence.

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