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Conférence de Londres sur la Somalie

Conférence de Londres sur la Somalie

Publié le 23 février 2012
Discours du Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé
Londres, 23 février 2012

Monsieur le Secrétaire général,

Messieurs les Chefs d’État,

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames, Messieurs les Chefs de Gouvernement,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Permettez-moi d’abord, au nom du gouvernement français, de remercier le Premier ministre britannique, M. David Cameron, d’avoir organisé cette Conférence à un moment critique pour la Somalie, et de le remercier également de son engagement personnel en faveur de la paix dans ce pays.

Pourquoi sommes-nous réunis aujourd’hui ?

- Parce que les habitants de Somalie, qui endurent la guerre depuis vingt ans et qui sont confrontés à une terrible famine, ont le droit de vivre dans un pays en paix, où l’eau et la nourriture ne manquent pas ;

- Parce que le drame somalien affecte l’ensemble de la Corne de l’Afrique et nourrit les rivalités, les haines et le terrorisme ;

- Parce que la sécurité des mers est chaque jour un peu plus menacée par la piraterie, qui trouve sa principale origine dans l’absence de perspectives de développement en Somalie ;

- Parce que nous sommes nous-mêmes, directement, les victimes d’Al Shabaab, dont les milices, liées à Al Qaïda, recourent au terrorisme et aux prises d’otages pour essayer d’imposer leur loi à cette région. Nous n’oublions pas que l’une de nos compatriotes, Mme Dedieu, enlevée au Kenya et livrée aux milices islamiques, est morte dans des conditions dramatiques. Nous n’oublions pas non plus nos otages retenus en Somalie ou ailleurs en Afrique.

La France attend de cette Conférence qu’elle manifeste la détermination de la communauté internationale à tout mettre en œuvre pour donner un avenir au peuple somalien et pour contribuer à la renaissance d’une Somalie souveraine, unie et indépendante. Au cours des dernières années, mon pays s’est mobilisé sans relâche. Aujourd’hui, il est plus résolu que jamais à poursuivre ses efforts en ce sens.

Notre réunion de ce jour doit d’abord donner une impulsion nouvelle à la reconstruction de l’État somalien.

Ce processus de reconstruction, nous l’avons initié avec les Somaliens au cours des dernières années, avec la création d’un gouvernement fédéral de transition (GFT) chargé de poser les bases d’un nouvel État somalien, et notamment de promouvoir durablement la paix et la réconciliation. En quelques mois, grâce à l’appui de la France, de l’Europe et de l’ensemble de la communauté internationale, des progrès ont été réalisés. Je pense à la signature de l’Accord de Kampala, à la feuille de route de septembre dernier et aux principes de Garowe adoptés en décembre dernier. Je pense aussi aux succès enregistrés sur le terrain face à Al Shabaab.

Aujourd’hui, il est indispensable d’entretenir cette dynamique. Dans cette Somalie nouvelle qui est en train de naître, toutes les composantes du pays doivent pouvoir trouver leur place. C’est pourquoi le rétablissement de l’État somalien passe aussi par un renforcement du dialogue avec les entités locales. Les autorités à Mogadiscio doivent mieux prendre en compte la singularité du Somaliland, du Puntland ou encore du Galmudug. En retour, les régions doivent manifester leur attachement à l’unité du pays. Je suis convaincu que chacune des parties peut y trouver son compte. Toutes les entités somaliennes ont droit à participer à ce dialogue, pourvu qu’elles s’engagent à respecter l’unité et l’intégrité territoriale du pays, à combattre le terrorisme et toutes les formes de violences et à chercher à mettre un terme à la piraterie maritime.

Au plan politique, il n’y pas d’autre alternative qu’une solution sui generis qui émane des Somaliens eux-mêmes. Il revient à la communauté internationale non pas de se substituer à ce processus de réconciliation et de dialogue, mais d’y apporter son appui.

Notre deuxième objectif c’est le rétablissement de la paix et la sécurité dans tout le pays. Les défis sont immenses.

Le premier d’entre eux, c’est la sécurité à terre. La situation actuelle n’est plus supportable. Les Shebab doivent déposer les armes et renoncer à la violence.

La communauté internationale n’a pas ménagé ses efforts. Je pense notamment au rôle fondamental de l’Union africaine, que je tiens à saluer, à travers sa mission en Somalie, l’AMISOM, pour laquelle la France a formé plus de 16.000 soldats africains en 5 ans. Je tiens à rendre hommage au dévouement des contingents africains, ougandais, burundais, et maintenant aussi djiboutiens. C’est parce que nous sommes convaincus du rôle clé de l’AMISOM que nous avons décidé hier, à New York, de répondre favorablement à la demande de l’Union africaine de renforcer ses effectifs et ses moyens.

Dans les zones libérées, c’est aux forces somaliennes qu’il appartient en priorité de faire régner la paix. Non pas une paix précaire imposée de l’extérieur, mais une paix somalienne, assumée par le peuple somalien lui-même. C’est pourquoi nous sommes déterminés à continuer à former des policiers et des soldats somaliens : sur une base bilatérale, comme nous l’avons fait à Djibouti ; mais aussi et surtout dans le cadre de la mission européenne « EUTM Somalie » (European Union Training Mission) en Ouganda, à laquelle la France apporte, tout son soutien, financier et humain. Aujourd’hui, le succès de cette mission est reconnu par tous ses partenaires, qu’il s’agisse des autorités somaliennes, de l’Ouganda, des Nations unies ou de l’Union africaine, et notamment de l’AMISOM. Après leur formation et leur entraînement en Ouganda, 1.700 soldats ont déjà rejoint la Somalie où ils participent activement, aux côtés de l’AMISOM, aux combats contre le Shabaab et au contrôle de Mogadiscio. Plus de 600 recrues supplémentaires les rejoindront prochainement.

Deuxième défi : la sécurité maritime. Comment pouvons-nous accepter que quelques-uns fassent régner la terreur sur les océans ? Comment pouvons-nous accepter que malgré des efforts résolus de la communauté internationale, la piraterie continue de se développer ?

En 2008, la France a été la première à répondre à l’appel du Programme alimentaire mondial pour protéger ses navires contre cette menace. C’est ainsi qu’est née l’opération européenne ATALANTE et que d’autres partenaires contribuent aujourd’hui à lutter contre la piraterie.

Mais il faut aller plus loin.

- Il faut plus de moyens et plus d’engagement de la part des partenaires de la Somalie.

- Il faut que les autorités somaliennes mettent en œuvre la feuille de route endossée le 6 septembre 2011.

- Il faut mettre fin, définitivement, à la scandaleuse impunité des pirates. Cela suppose de compléter nos efforts par une stratégie à terre. À titre bilatéral et européen, nous sommes mobilisés pour développer les capacités maritimes et judiciaires des États de la région, en particulier en Somalie - où nous proposons depuis longtemps la mise en place d’une cour spécialisée -, afin de les aider à lutter eux-mêmes contre la piraterie. Au niveau européen, nous soutenons ainsi le lancement, dès l’été prochain, d’une mission PSDC de renforcement des capacités maritimes et judiciaires dans la région, la mission « EUCAP ».

Sur ces sujets, nous attendons une impulsion significative de la Conférence qui nous réunit aujourd’hui.

Enfin, nous devons ensemble travailler à la reconstruction économique de la Somalie.

L’urgence, c’est d’apporter une réponse à la crise humanitaire. Là encore, comment ne pas se révolter ? Comment, en 2012, pouvons-nous admettre que l’aide humanitaire soit bloquée, ou pire, détournée, et que la population somalienne, les femmes, les enfants, meurent faute d’avoir été secourus ? La France, elle, ne s’y résoudra jamais.

Certes, face à la gravité de la situation, la communauté internationale s’est mobilisée. Au-delà des 77 millions d’euros d’aide humanitaire apportés par l’Union européenne, auxquels la France a contribué de manière substantielle, nous avons immédiatement réagi en consacrant en 2011 30 millions d’euros d’aide bilatérale à la Corne de l’Afrique, dont 25 millions d’euros à la Somalie. Nous poursuivrons nos efforts dans ce sens.

Aujourd’hui, il est du devoir de la communauté internationale de condamner dans les termes les plus forts toutes les attaques contre la population civile. Il est de notre devoir de faire naître une conscience collective sur le drame somalien.

Répondre à l’urgence humanitaire, c’est aussi penser au développement de demain. Nous devons préparer dès aujourd’hui la reconstruction de la Somalie, en encourageant la reprise de l’activité, notamment dans les secteurs prioritaires tels que les activités portuaires et de pêche, l’exportation de bétail ou le développement régulé des services de télécommunication.

Nous ne sous-estimons ni l’ampleur de la tâche ni les difficultés de la Somalie et de son peuple. Si l’action de nos gouvernements est indispensable, nous devons aussi recréer les conditions pour que nos entreprises envisagent à nouveau de revenir travailler en Somalie.

C’est la raison pour laquelle la France se réjouit de la récente décision des Nations unies d’installer le bureau politique pour la Somalie (UNPOS) à Mogadiscio. Il s’agit d’un acte politique majeur.

C’est aussi la raison pour laquelle nous souhaitons que l’Union européenne renforce sa présence en Somalie. Nous saluons la nomination début janvier d’un Représentant spécial de l’Union européenne pour la Somalie, M. Alexander Rondos. Avec l’aide du Service européen d’action extérieure et de la Commission, nous comptons sur lui pour garantir le suivi et la visibilité de l’aide de l’Union européenne et pour permettre à l’Europe de contribuer pleinement au processus politique que nous appelons de nos vœux.

Mesdames, Messieurs,

Nous approuvons sans réserve les conclusions de cette conférence. Nous appelons tous les acteurs à s’engager de façon déterminée pour mettre en œuvre les lignes directrices qui auront été fixées.

Nous sommes fiers d’y prendre notre part et nous sommes fiers du formidable appui, humain et financier, que l’Union européenne apporte en faveur de la Somalie.

Aujourd’hui, l’espoir peut renaître en Somalie.

Je vous remercie./.

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