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Mark Sherringham, décoré Chevalier de la Légion d’honneur

Publié le July 16, 2012
Discours de l’Ambassadeur François Delattre
Résidence de France, 9 novembre 2012

Monsieur le Consul général, mon cher Olivier (et ma chère Irène),

Monsieur le Conseiller culturel, mon cher Antonin, (que je remercie chaleureusement d’être venu de New York pour être avec nous ce soir)

Mon cher Mark, Chers amis,

C’est un immense plaisir de vous accueillir ce soir à la Résidence, où nous sommes réunis pour entourer et honorer, avec sa famille et ses amis, Mark Sherringham.

Je voudrais, cher Mark, en commençant, associer tout spécialement à cet hommage tes proches, ton épouse Lorie et ton fils Thomas, mais aussi ta belle-mère et ton frère, auxquels je suis particulièrement heureux de souhaiter la bienvenue.

Je voudrais saluer la Proviseure du Lycée Rochambeau, Catherine Lévy, la Présidente du Board du Lycée, Catherine Schaeffer, et Joël Peinado, Proviseur de la Fasny.

C’est un plaisir particulier, mon cher Mark, et je le dis du fond du cœur, de pouvoir distinguer aujourd’hui un membre de la belle famille de l’ambassade, largement représentée ici, un grand professionnel unanimement apprécié et un homme d’une grande qualité – qualité d’écoute et de cœur en particulier.

C’est en effet tout à la fois l’Inspecteur général d’Académie, l’Attaché culturel de l’ambassade et l’ami cher auquel nous voulons ici rendre hommage.

Mon cher Mark, tous ceux qui te connaissent saluent en toi l’expression d’un flegme légendaire teinté d’un humour tout en retenue, la manifestation d’une grande sagesse d’esprit nichée dans un puits de science, en fin de compte l’attelage subtil de cette rigueur cartésienne qui fait les grands serviteurs de l’Etat et de ce caractère très britannique, dont tu as probablement hérité de ta famille paternelle.

Ton parcours académique et professionnel force le respect, tant il est marqué du sceau de l’excellence : bac littéraire avec mention très bien, hypokhâgne et khâgne au prestigieux lycée Louis-Le-Grand à Paris, école normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégation et doctorat de philosophie. Excusez du peu.

En philosophie, classicisme rime parfois avec esthétisme, tu me vois venir. Car d’esthétisme il est précisément question dans les 592 pages de l’ouvrage que tu publies en 2003, sous le titre « une introduction à la philosophie esthétique ». Le « Sherringham », comme on appelle cet ouvrage de référence, fait désormais partie de toute bonne bibliothèque philosophique contemporaine, aux côtés de l’œuvre d’un Althusser ou d’un Jean-Luc Marion – pour prendre deux auteurs pour lesquels tu éprouves je crois une certaine affinité.

592 pages que naturellement je me suis fait une joie de relire pour mieux lire dans ta pensée. Je résume très brièvement pour ceux qui n’auraient pas été au bout de ce voyage initiatique : il y est question de l’art et du beau, de Platon et de Heidegger, de trois paradigmes fondamentaux et de cinq dimensions irréductibles, enfin d’une interrogation centrale : la clôture de la métaphysique est elle ou non indépassable ? Nous comptons sur toi bien sûr pour nous le dire dans la réponse que tu nous adresseras dans quelques minutes.

Cher Mark, le ministère de l’éducation nationale est ta maison. Tu lui auras donné beaucoup et passionnément, avec une compétence hors pair et un vrai sens politique – au sens le plus noble du terme. Rares sont ceux qui, dans la haute administration, ont eu la chance de servir autant de ministres successifs que toi, à commencer du reste par le premier d’entre eux, je veux parler du Premier ministre Raymond Barre au cabinet duquel tu as été affecté au début des années 1980.

Mais ta vie de membre de cabinet ne commence véritablement qu’à ton retour d’Alsace, région où tu auras passé une vingtaine d’années, comme enseignant d’abord, puis comme directeur de l’IUFM et vice-président de la conférence des directeurs du même Institut de Formation des Maîtres, auquel je sais ton attachement.

Tu es ensuite appelé comme conseiller pédagogique auprès de François Fillon, puis de Xavier Darcos, enfin, et dans un rôle différent, auprès de Luc Chatel, tous trois ministres de l’Education nationale. Auprès de ces trois ministres, tu fais merveille :

- Avec François Fillon, comme concepteur de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’Ecole d’avril 2005, qu’il t’a été demandé de concevoir en deux petits mois ;

- Puis, auprès de Xavier Darcos, tu occupes un rôle clé dans le fonctionnement de l’équipe, et tu es en grande partie le père de la réforme de l’école primaire de 2008, qui promeut notamment de nouveaux programmes recentrés sur les apprentissages fondamentaux, le soutien en petits groupes pour les élèves en difficulté, ou encore une nouvelle organisation du temps scolaire.

Puisqu’il est question de gestion du temps, et je fais ici une parenthèse, je sais à quel point tu gères le tien en métronome, avec une rigueur inimitable et admirable (…).

- Auprès du Ministre Luc Chatel, qui a souhaité expérimenter l’enseignement anticipé de la philosophie en France avant la classe de Terminale, c’est le plus naturellement du monde que ce dossier t’a été confié en ta qualité de doyen (jeune doyen…) du groupe de philosophie de l’inspection générale.

Cher Mark, tu es un homme volontiers discret voire secret (on me dit que l’armoire de fer dans laquelle tu enfermais prudemment tes notes au ministère était devenue légendaire). Et bien par-delà cette discrétion tu as su pendant toutes ces années cultiver avec talent tes réseaux, au sens noble du terme, tes petits think tanks personnels et te faire apprécier, pour ton grand professionnalisme, de l’ensemble de tes interlocuteurs.

Tu es de ceux qui écoutent toujours, qui conseillent volontiers, qui tranchent à la fois sereinement et fermement.

Et toujours avec ce calme dont jamais tu ne te départis et qui est la marque de la sagesse. C’est ainsi qu’il y a un peu plus d’un an, pour notre plus grand bonheur, nous t’avons vu arriver ici, à l’ambassade, heureux je le sais d’avoir fait ce choix des Etats-Unis, pour toi et aussi pour ta famille, pour votre équilibre.

Et lorsque tu as rejoins la belle équipe du service culturel menée depuis New York par Antonin qui nous fait le plaisir d’être avec nous ce soir, tu y as immédiatement trouvé ta place. Très vite tu as su te faire apprécier de tes collègues et de tes interlocuteurs au sein de ce grand réseau culturel américain qui représente la France dans toute sa diversité, mais également au sein de nos établissements français dont tu as la charge, Canada compris, et que tu gères avec passion, compétence et talent.

Tant avec l’AEFE à Paris, dont tu es ici le précieux relais, qu’avec les équipes éducatives de nos écoles et lycées. Notre Proviseure ne me démentira pas. Et en liaison étroite bien sûr avec le ministère de l’Education et l’équipe du Ministre Vincent Peillon.

Mes chers amis,

Mark Sherringham est de ces serviteurs de l’ombre qui honorent l’administration et grandissent la fonction. Une haute figure de ce ministère de l’Education nationale, auquel tu auras consacré ta carrière, comme enseignant, comme philosophe, comme penseur. Un commis de l’Etat, au sens le plus noble du terme, un vrai passionné du service public. Et permettez-moi de souligner ici combien la présence de Mark Sherringham est un atout pour cette ambassade et pour le rayonnement de notre pays aux Etats-Unis.

Alors mon cher Mark, c’est un vrai privilège pour moi de t’exprimer aujourd’hui la gratitude de notre pays.

Mark Sherringham, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier de la Légion d’honneur./.

Lire le discours d’acceptation de Mark Sherringham

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