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Bruce Willis Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres

Bruce Willis Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres

Publié le 25 janvier 2013
Discours d’Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication
Paris le, 11 février 2013

Cher Bruce Willis

Pour beaucoup, vous êtes à jamais le « 007 de Plainfield, New Jersey », John McClane, le héros des Die Hard, dont le dernier opus sera bientôt sur nos écrans. A la fois cowboy solitaire de l’Ouest américain et antihéros anonyme d’un New-York aliénant, vous incarnez alors le renouveau de l’héroïsme américain : « Un héros n’est pas plus courageux qu’un homme ordinaire » écrivait déjà Ralph Waldo Emerson.

Après des débuts remarqués sur petit écran, salués d’un Golden Globe et d’un Emmy Award pour le rôle de détective au sourire charmeur que vous tenez pendant près de quatre ans dans la série Clair de Lune, aux côtés de Cybill Shepherd, le cinéma vous ouvre les bras en 1988 avec Die Hard : Piège de cristal, qui fait de vous un véritable héros national et international.

Quand l’Amérique cherche à renouer avec son mythe fondateur, c’est le film d’action qui fait revivre à l’écran cet Esprit de la Frontière où l’individu prend le contrôle de sa destinée, envers et contre tout. Après les super-héros de Marvel puis les non moins indestructibles surhommes incarnés par Sylvester Stallone ou Arnold Schwarzenegger, votre rôle de John McClane dans les différents Die Hard, met à jour un héroïsme nouveau, à la portée de tous. Policier d’origine irlandaise comme il y en a des milliers à New York, John McClane est l’homme de la rue, un quidam, héros malgré lui.

Sous ses traits, on devine Gary Cooper, seul contre tous dans Le train sifflera trois fois ; Humphrey Bogart, héros contre son gré dans Casablanca ; mais encore le Rocky de Stallone qui encaisse inlassablement les coups. On sent aussi affleurer la complexité et la profondeur du héros américain moderne. John McClane est un homme ordinaire aux prises avec l’extraordinaire.

C’est aussi en héros ordinaire aux prises avec l’extraordinaire que vous allez marquer durablement l’univers de la science fiction. Pour donner d’abord la réplique à Meryl Streep dans La mort vous va si bien de Robert Zemeckis, avant d’endosser des rôles mémorables dans L’Armée des 12 singes de Terry Gilliam, mais aussi Le Sixième Sens et Incassable de M. Night Shyamalan.

« Je suis juste un type normal, dites-vous, un type normal qui a eu beaucoup de chance. » A la vie comme à l’écran, vous êtes donc ce héros ordinaire, à la force souple et à l’humour détonant, qui toujours affiche une décontraction déconcertante et n’hésite pas à jouer de son image. Non sans humour, vous incarnez votre propre rôle dans The Player de Robert Altman, et votre apparition dans la série Friends vous vaut un Emmy Award.

Figure emblématique d’une culture populaire américaine qui a traversé toutes les frontières, vous en explorez tous les genres, du dessin animé au jeu vidéo, sans oublier la musique, votre autre grande passion. Votre nom désormais seul suffit à évoquer tout un univers. Dans la série Expendables, on peut vous voir aux côtés de Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger faire référence à vos succès respectifs et créer ainsi une connivence avec un public qui maîtrise les codes et s’amuse du clin d’œil. Pour le très acclamé Looper, Rian Johnson ne déroge pas à la règle : en s’inspirant de La Jetée de Chris Maker, c’est aussi à l’incontournable Armée des 12 singes qu’il renvoie par votre seule présence. Quentin Tarantino et Robert Rodriguez ne sont pas non plus étrangers de ce genre de clins d’œil et de détournements : pour le premier, vous incarnez un boxeur à la gâchette facile dans Pulp fiction, pour le second, vous tournez Sin City puis Planète Terreur.

Héros ordinaire au péril de sa vie, acteur populaire qui a su se mettre en danger, vous quittez parfois le costume du balèze et n’hésitez pas alors à vous en remettre à des réalisateurs de talent pour des rôles souvent à contre- emploi comme le Dernier Samaritain de Tony Scott, Le Bûcher des vanités de Brian De Palma ou plus récemment chez Stephen Frears, autant de réalisateurs très prisés du public français. Dans le dernier film de Wes Anderson, Moonrise Kingdom, vous incarnez le très émoussé Capitaine Sharp, un chef de police d’une gentillesse volubile, aux antipodes du taiseux John McClane.

C’est d’ailleurs avec l’équipe de Moonrise Kingdom que vous inaugurez l’an dernier la traditionnelle montée des marches du Festival de Cannes, sous les acclamations d’un public français dont vous avez su gagner le cœur. Car depuis votre premier triomphe à Cannes avec Pulp Fiction couronné de la Palme d’or en 1994, vous êtes venu de nombreuses fois à la rencontre du public du festival. Ce cœur à cœur avec la France, vous l’avez aussi cultivé en travaillant avec Luc Besson pour le Cinquième élément et avec Florent Emilio Siri dont vous produisez le renversant Otage. Vous aimez la France, dites- vous souvent, peut-être parce que, né en Allemagne, vous êtes Européen de cœur. Vous aimez la France, sa passion, son ardeur politique, et ce soir, elle vous le rend bien.

Cher Bruce Willis, les hommages que je vous adresse sont ceux du public français à l’acteur immensément populaire que vous êtes. Un public conquis par vos héros à dimension humaine, qui veut croire, à travers les personnages que vous incarnez, et selon les mots de John Flectcher, que « l’homme est sa propre étoile ».

Cher Bruce Willis, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.

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