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Climat - « Pour la planète, préférer le sursaut au sursis »

Climat - « Pour la planète, préférer le sursaut au sursis »

Publié le 2 août 2017
Dans une tribune au « Monde », le ministre de la transition écologique estime que la consommation de plus en plus rapide des ressources de la planète n’a rien d’inéluctable.

Le 2 août, c’est comme si notre planète disparaissait sous nos pieds. Notre gourmandise de ressources naturelles, notre soif sans fin pour le gaspillage et les déchets nous conduisent, jusqu’à la fin de l’année, à vivre à crédit. Depuis plus de vingt ans, l’over­shoot day symbolise ce moment à partir duquel nous avons collectivement épuisé le potentiel renouvelable de la planète. Cette date fatidique arrive chaque année plus tôt. Au rythme où nous vivons, il faudrait presque une planète de plus pour satisfaire nos besoins.

« Aujourd’hui, l’humanité est collectivement l’auteure de la disparition des espèces »

Au milieu de l’été, la publication de cet indicateur souligne que malgré notre prise de conscience collective de l’érosion de la biodiversité et du changement climatique, malgré une mobilisation sans précédent de la société, nous ne nous éloignons pas encore du pire. Récemment, des études alarmantes sur l’imminence d’une sixième extinction massive ont été publiées. Il y a 65 millions d’années, l’homme n’était pas responsable de la 5e extinction, celle des dinosaures. Aujourd’hui, l’humanité est collectivement l’auteure de la disparition des espèces.

Une sécheresse inédite

C’est une façon de se rappeler combien notre existence sur la planète Terre est fragile. En France, nous faisons face à une sécheresse inédite depuis plus de trente ans. Les feux de forêt se sont multipliés. Un récent rapport indique que sans action pour limiter le réchauffement de la planète, nous pourrions connaître des pics de chaleur à plus de 50 °C d’ici à la fin du siècle en France.

Et pourtant, certains osent encore prétendre que nous n’y pouvons rien, que rien ne sert de mettre en œuvre l’accord de Paris, que nous avons encore le temps pour changer de modèle agricole, pour sortir des énergies fossiles. A ces fatalistes, je dis que nous avons tout en main pour leur opposer un nouvel espoir. Car de nouvelles solidarités se mettent en place alors que nous sommes sur le fil du rasoir. Je voudrais dire ici que nous avons de profondes raisons d’espérer. J’en vois déjà au moins cinq.

« Jamais les prix des énergies renouvelables n’ont été aussi bas, laissant entrevoir un avenir sans énergies fossiles »

La première, c’est que la transition écologique est en train de faire ses preuves en économie. Jamais les prix des énergies renouvelables n’ont été aussi bas, laissant entrevoir un avenir sans énergies fossiles. En mer du Nord, le prix de l’éolien en mer devient si compétitif que cette technologie pourra dans les années à venir se passer de subventions.

L’agriculture biologique décolle

La deuxième, c’est qu’après la France, qui a annoncé dans son plan climat la fin des voitures émettant des gaz à effet de serre d’ici à 2040, le Royaume-Uni nous a emboîté le pas, visant le même horizon. Les constructeurs automobiles s’apprêtent à tripler l’offre de véhicules électriques d’ici à 2020.

La troisième, c’est que l’agriculture biologique décolle, l’offre peine à répondre à la demande. Les agriculteurs qui s’en sortent le mieux sont ceux qui choisissent la qualité, les circuits courts, au plus près de la santé des consommateurs.

La quatrième, c’est que la loi sur la reconquête de la biodiversité est en France un puissant outil de mobilisation pour les territoires urbains et ruraux. Ceux qui font de la nature une alliée, et non plus un eldorado que l’on pille sans conscience que ses ressources ne sont pas inépuisables. L’économie circulaire, les nouvelles technologies vont nous aider à passer ce cap.

Des partenaires internationaux dans la même dynamique

La cinquième, c’est que les partenaires internationaux sont dans la même dynamique. La consommation du charbon commence à stagner en Chine, bien avant les prévisions qui en fixaient la date à 2030. Si l’Allemagne continue sur sa trajectoire, c’est dès cette année, et non en 2020, qu’elle pourrait atteindre son objectif de consommation d’énergies renouvelables.

« De nouveaux choix de société sont en train de naître sous nos yeux. Mais cela ne se fera qu’avec une détermination politique implacable et irréversible »

Au sursis, il faut choisir le sursaut. Ces bonnes nouvelles ne doivent pas cacher l’urgence d’agir. Elles renforcent la certitude que de nouveaux choix de société sont en train de naître sous nos yeux. Mais cela ne se fera qu’avec une détermination politique implacable et irréversible. Avec cette cohérence qui trop souvent a manqué. Avec un impératif de solidarité, car si l’humanité est avide de ressources naturelles, elle est aussi trop souvent égoïste, oubliant qu’en Asie, en Afrique, plus d’un milliard d’êtres humains n’ont pas à accès à l’eau potable, à l’assainissement, à l’énergie. Que plus de 800 millions de personnes ne mangent toujours pas à leur faim, alors que l’agroécologie est une solution avérée qui pourrait nourrir la planète. Que même dans les pays prétendument développés, la précarité énergétique, l’isolement face à la mobilité sont les moteurs d’injustices cruelles.

Notre pays, qui a su être l’artisan inépuisable de l’accord de Paris, qui souhaite aujourd’hui par exemple mettre la protection de la biodiversité en haut de l’agenda international, a toutes les chances de réussir la transition écologique. Des logiques économiques, sociales et environnementales, qui auparavant s’opposaient, se rejoignent désormais. Nous avons une fenêtre d’opportunité presque unique. Partout, l’union des forces progressistes, soutenue par la dynamique impulsée par le gouvernement et le plan climat, mais aussi avec les entreprises, les territoires, les citoyens, peut concrétiser ce nouvel espoir.

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